Monnaie numérique de banque centrale où en est la réflexion de la BCEAO
La BCEAO avance prudemment sur la monnaie numérique
La Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a fait le point sur ses travaux relatifs à une éventuelle monnaie numérique de banque centrale (MNBC), lors de la présentation de son Rapport annuel 2025, le 22 juillet 2026 à Dakar. Contrairement aux crypto-actifs, cette monnaie serait émise et garantie par la BCEAO, à l’image des billets et pièces actuellement en circulation. La Banque Centrale a toutefois précisé qu’aucune décision de déploiement n’avait encore été prise. Une phase d’étude est actuellement en cours afin d’évaluer la pertinence d’un tel instrument pour l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA).
« Une monnaie numérique de banque centrale ne se met pas en place du jour au lendemain. Il faut d’abord s’assurer qu’elle répond à un besoin réel et qu’elle apporte une valeur ajoutée par rapport aux infrastructures de paiement déjà disponibles », a expliqué Jean-Claude Kassi Brou, Gouverneur de la BCEAO.
La BCEAO entend tirer les enseignements des expériences menées dans d’autres juridictions avant de trancher. Si les études concluent que la MNBC n’apporte pas de bénéfices significatifs à l’Union, son lancement ne sera pas envisagé.
Un écosystème favorable aux fintechs
Pour accompagner la transformation numérique du secteur financier, la BCEAO a mis en place une Direction de l’Innovation Financière, chargée de superviser le développement des nouvelles technologies de paiement et des fintechs. Cette stratégie s’appuie notamment sur un laboratoire d’innovation, ou « bac à sable réglementaire », permettant aux entreprises innovantes de tester leurs produits et services sous la supervision de la Banque Centrale. L’objectif est d’évaluer les risques, d’ajuster le cadre réglementaire si nécessaire, et de favoriser l’émergence de solutions innovantes dans un environnement sécurisé.
La Banque Centrale a également mis en place un dispositif d’accompagnement des porteurs de projets, afin de faciliter leur mise en conformité avec les exigences réglementaires.
Une réglementation des crypto-actifs en cours d’élaboration
Face à l’essor des crypto-actifs, la BCEAO poursuit également sa réflexion sur la mise en place d’un cadre réglementaire adapté. L’institution souligne que ces actifs numériques, émis par des acteurs privés, se distinguent de la monnaie de banque centrale par l’absence de garantie publique, exposant leurs détenteurs à des risques importants de volatilité et de perte.
Une feuille de route est actuellement en cours d’élaboration et devrait déboucher sur des propositions réglementaires visant à mieux encadrer le développement de ces nouveaux actifs dans l’espace UEMOA.
Cette approche est également partagée par la plupart des banques centrales africaines. Réunis le 8 mai 2026 à Dakar à l’occasion de la conférence internationale de la BCEAO sur les crypto-actifs et les innovations numériques, leurs dirigeants ont souligné la nécessité d’une approche prudente face au développement de ces nouveaux actifs. Ils ont unanimement plaidé pour un cadre réglementaire conciliant innovation, stabilité financière et préservation de la souveraineté monétaire.